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Vous envisagez de recruter un commercial à Barcelone, d’ouvrir une filiale à Madrid ou d’embaucher votre premier salarié à Bilbao ? Avant de signer le contrat, posez-vous une question que beaucoup de dirigeants oublient : combien coûterait une séparation ? En droit du travail espagnol, la réponse dépend presque entièrement du type de licenciement et de la façon dont il est mené. Voici ce que toute PME française doit savoir pour embaucher en Espagne sereinement.
L’Espagne est le deuxième partenaire commercial de la France et attire de plus en plus de PME françaises : proximité, coût salarial plus bas, marché dynamique. Mais le droit espagnol du licenciement obéit à une logique très différente de la nôtre.
En France, on raisonne en termes de « cause réelle et sérieuse », de procédure et de barème Macron. En Espagne, tout repose sur un texte unique, l’Estatuto de los Trabajadores (le « Statut des travailleurs », équivalent de notre Code du travail), et sur une règle simple : chaque licenciement a un prix fixé par la loi, exprimé en jours de salaire par année d’ancienneté.
Concrètement, cela signifie que vous pouvez estimer à l’avance, presque au centime près, ce que vous coûterait une rupture. C’est une excellente nouvelle pour piloter votre budget, mais à condition de connaître les règles.
C’est le cas le plus fréquent pour une PME qui réduit ou réorganise son activité espagnole. La loi vise quatre familles de causes : économiques, techniques, organisationnelles ou de production (articles 51 et 52.c).
La cause économique est définie de façon assez précise : la société doit présenter des pertes actuelles ou prévisibles, ou une baisse persistante de son chiffre d’affaires ou de ses recettes ordinaires. La baisse est considérée comme persistante lorsque, pendant trois trimestres consécutifs, le chiffre d’affaires de chaque trimestre est inférieur à celui du même trimestre de l’année précédente.
Deux régimes coexistent :
Attention à la tentation d’« étaler » les départs : si l’entreprise enchaîne des licenciements sur des périodes successives de 90 jours, juste sous les seuils et sans cause nouvelle, la loi les considère comme frauduleux et ils sont déclarés nuls.
L’indemnité légale à verser au salarié est de 20 jours de salaire par année d’ancienneté, plafonnée à 12 mois de salaire.
Le Statut des travailleurs (article 52) regroupe sous ce terme, outre les causes économiques, techniques, organisationnelles ou de production individuelles vues ci-dessus, des motifs liés à la personne du salarié, sans faute de sa part :
Ce licenciement obéit à un formalisme strict (article 53) :
L’indemnité légale à verser au salarié est de 20 jours de salaire par année d’ancienneté, plafonnée à 12 mois de salaire.
C’est la sanction d’un manquement grave et fautif du salarié (article 54). La loi en donne la liste :
Le licenciement est notifié par une lettre détaillant les faits et la date d’effet (article 55). Votre convention collective (convenio colectivo) peut imposer des formalités supplémentaires, et une procédure contradictoire est obligatoire si le salarié est représentant du personnel.
Bonne nouvelle en cas d’erreur de forme : l’employeur peut recommencer le licenciement dans les 20 jours suivant le premier, en respectant cette fois les formalités, à condition de payer les salaires des jours intermédiaires.
Attention aux délais de prescription : une faute très grave se prescrit 60 jours après que l’entreprise en a eu connaissance, et en tout état de cause six mois après les faits (article 60).
Aucune indemnité de licenciement ou de préavis n’est due au salarié si le licenciement est jugé fondé. Le salarié ne perçoit que son solde de tout compte (finiquito).
Le délai de contestation du licenciement est très restrient puisque le salarié ne dispose que de 20 jours ouvrables pour contester son licenciement. Il doit d’abord passer par une tentative de conciliation obligatoire devant le service administratif de médiation (SMAC), puis, à défaut d’accord, saisir le Juzgado de lo Social (l’équivalent de notre Conseil de prud’hommes).
Le juge qualifie alors le licenciement de trois façons :
La cause est prouvée et la procédure respectée. L’entreprise ne doit que l’indemnité légale prévue pour ce type de licenciement : 20 jours par année pour un licenciement économique ou objectif, zéro pour un licenciement disciplinaire.
La cause n’est pas prouvée, ou la forme n’a pas été respectée (lettre imprécise, indemnité non versée, par exemple). L’employeur dispose alors de 5 jours pour choisir entre (article 56) :
En pratique, la grande majorité des employeurs choisissent l’indemnité. Faute de choix dans le délai, c’est la réintégration qui s’applique. Si le salarié est représentant du personnel, c’est lui qui choisit, et il perçoit dans tous les cas les salaires perdus.
Pour un licenciement économique ou objectif jugé abusif, les 20 jours par année déjà versés viennent en déduction, de sorte que l’employeur ne paie que la différence pour atteindre 33 jours.
Pour les contrats conclus avant le 12 février 2012, un régime transitoire plus favorable s’applique (45 jours par année pour la période antérieure à cette date, avec un plafond pouvant atteindre 42 mois). Ce point est essentiel si vous rachetez une société espagnole avec des salariés anciens.
C’est la sanction la plus lourde. Elle frappe les licenciements discriminatoires ou qui portent atteinte à un droit fondamental. Elle frappe aussi, sauf si l’employeur prouve une cause totalement étrangère à leur situation :
Dans ces cas, la réintégration obligatoire est immédiate et l’entreprise doit payer l’intégralité des salaires perdus, sans possibilité de « racheter » la rupture par une indemnité.
Peut-on licencier sans motif en Espagne ? Oui, l’employeur peut rompre le contrat et reconnaître d’emblée le caractère abusif du licenciement, en versant l’indemnité de 33 jours par année d’ancienneté.
Quel est le plafond de l’indemnité de licenciement en Espagne ? 12 mois de salaire pour un licenciement économique ou objectif fondé et 24 mois pour un licenciement abusif (jusqu’à 42 mois pour certains contrats antérieurs à février 2012).
Un salarié licencié pour faute grave touche-t-il une indemnité ? Non, si la faute est prouvée et la procédure respectée. Il perçoit seulement son solde de tout compte (salaire restant dû, congés non pris, prorata des primes).
Le droit espagnol du licenciement est plus prévisible sur les montants, mais il est très exigeant sur la forme. Une PME française qui l’anticipe dès la rédaction du contrat de travail maîtrise son risque et évite d’en payer le prix fort.
Avocate franco-espagnole installée à Bordeaux, je connais les deux systèmes et les deux façons de penser. J’accompagne les PME françaises dans leurs projets de recrutement en Espagne, de la rédaction du contrat à la gestion d’une séparation.
Vous préparez une embauche en Espagne ou envisagez une rupture ? Votre situation est unique : parlons-en.
Cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé.